Vous voulez être écrivain? Mais vous l'êtes! Ou presque.

 

     Il existe d’innombrables voies pour être écrivain ou auteur, ou autrice, ou romancière, romancier, écrivaine, bref quelqu’un qui écrit et publie, et ça, c’est vraiment une bonne nouvelle ! Parce qu’il existe nettement moins de voies pour devenir, par exemple, danseur ou danseuse-étoile. Et comme les choses sont bien faites sur notre marché capitaliste de l’offre et de la demande, on trouve heureusement autour de nous beaucoup moins de gens qui souhaitent être pris pour des danseurs-étoile que pour des écrivains. Le fait est, allez savoir pourquoi, que sur l’échelle des étiquettes sociales qui en jettent, écrivain demeure tout en haut. À côté, photographe paraît assez riquiqui, même si ça sature aussi dans ce corps de métier ! Quant à danseur classique, n’en parlons plus. Sans doute parce que le test grandeur nature se révèle impitoyable. Il suffit d’obliger les candidats à grimper sur une scène, de lancer quelques notes, et les imposteurs sont démasqués. La danse classique, voilà une discipline qui se juge à l’œil nu. L’écriture aussi, notez, mais au royaume des aveugles, les borgnes ont tôt fait d’imposer leur loi.

     Ce qui est étonnant, avec " l'auteur " devenu pléthorique, c’est que son existence semble contrevenir à l’une des règles élémentaires du capitalisme. Dans ce royaume en effet, ce qui est très enviable demeure en général difficile d’accès, parce que trop cher et/ou trop compliqué. À contrario, ce qui est accessible est rarement enviable, juste nécessaire. Or, l’ « écrivain » a beau se répandre comme un nuage de criquets pèlerins prêts à dévaster des cultures, cette étiquette semble ne rien perdre en attractivité. C’est d’autant plus étonnant que si tout le monde se promenait en tenue Chanel, Chanel ne serait plus Chanel justement, mais H&M ou Zara. Et c’est peut-être bien ce qui s’est passé avec Écrivain, devenu dans les faits une marque hyper populaire de prêt-à-porter, qu’on s’acharne pourtant à exhiber comme si c’était encore de la couture exclusive.
Fou, non ?
La conclusion s’impose d’elle-même : il y a forcément quelque part des dindons et, d’autre part, une farce, mais allez savoir où…


     Bien sûr, on pourrait se demander pourquoi tant de gens ont envie d’être écrivain, plutôt que pilote d’hélicoptère ou héros, des professions également capables d’en imposer, non ? Les réponses sont sans doute aussi nombreuses qu’il y a d’ « auteurs » sur le marché. J’en propose une, d’ordre synthétique, afin d’avancer dans la réflexion : ne serait-ce pas en lien avec le fait que le nom du quidam se retrouve imprimé assez grand sur une couverture ? Contrairement au pilote, qui doit se contenter d’obscures codifications sur la queue de son hélicoptère. Ou au héros, qui doit toujours veiller à se la jouer profil bas en public, sauf Spiderman évidemment, et l’autre gougnafier avec ses pathétiques my name is Bond, James Bond. 

     Il a déjà été tenté, au cours de notre long embourbement dans les tréfonds des ambitions humaines, d’ôter le nom des auteurs sur les couvertures, et de garder seulement les titres.
Hélas, cette mode n’a jamais pris.
Ce qui n’a pas pris ne prendra pas, on le dit assez.
Alors, pour inverser la tendance… Laquelle, au fait ? Eh bien, celle qui nous a conduits dans cette ère paradoxale où tout le monde a envie de publier quelque chose, tandis que presque plus personne n’est intéressé à lire, pour l’inverser, donc, je glisse ici une suggestion dont le côté innovant et bon marché ne constitue pas le moindre des mérites.

          1.     Ôter systématiquement le nom de l’auteur sur les couvertures. À la rigueur, le mettre en petit, à la fin, après la dernière phrase du texte, comme la signature d’une longue lettre.
          2.     Garder le titre si on y tient.
          3.     Ajouter au fur et à mesure, et ceci dès le haut de la couverture, les noms et prénoms des lecteurs du texte en question. Je dis bien tous les lecteurs, sans distinction de race, couleur, sexe, langue, religion, fortune et j’en passe. Et qu’on ne vienne pas m’accuser de gâcher du papier ! À l’heure numérique, passer deux, cent ou mille pages remplies du glorieux nom des lecteurs, avant d’entamer le premier chapitre d’un livre, devrait être à notre portée.

     En attendant cette révolution 2.0.17. qui promet d’ores et déjà d’être moins barbare que celle de 1917, quoi que pas forcément moins douloureuse, passons en revue ( en 7 points ) quelques-uns des incommensurables avantages attachés au statut d’écrivain. Il n’y a en effet aucune raison de décourager des vocations sincères, sous prétexte que la barque est pleine, que le monde est grand, mais qu’on n’y trouve peu de place, ou encore, comme le disent poliment les Japonais, que le meilleur miroir ne reflète pas l’autre côté des choses.

 

 

1.   Les joies du plein succès

 

     Pas étonnant que tant d’individus soient attirés par la voie de l’écriture, car c’est celle qui mène le plus directement au succès, à savoir des dizaines de milliers d’exemplaires vendus ou des centaines, parfois des millions, tout en mobilisant un capital infime : du papier, un crayon, disons plutôt un ordinateur portable, et nous voici déjà dans la littérature ! Rien à voir avec l’alpiniste, obligé d’évoluer sous une météo changeante, et dont l’équipement coûte cher. L’écriture se présente comme l’activité démocratique par excellence. On ne voit guère que la promenade en chaussures de ville qui fatigue encore moins. Quand on se promène, rien ne nous oblige en effet à vérifier si flâner prend deux n ou non.

     Il n’est plus possible de douter que l’écriture mène à la célébrité et à la fortune, tant cette nouvelle s’est répandue à travers les médias, y compris ceux qui consentent à parler encore un peu des livres dits littéraires, du moment où ils se vendent. Le plaisir qu’ils éprouvent tous à mettre en avant les meilleurs écrivains de leurs générations, dont le talent est proportionnel à leur succès (et vice-versa), n’a pas peu contribué à attirer l’attention du public sur le fait que la littérature – dont on a trop longtemps peiné à saisir la nature – était en réalité une activité utile, distrayante, pleine de sujets passionnants, et dont les résultats sont tout à fait mesurables.
     Seuls les snobs se bouchent le nez face à cette évolution, à cause de leur snobisme. Ils sont du genre à ne lire que ce qui s’est vendu à moins de trois cent mille exemplaires, euh… pardon, trois cents. Autrefois, on avait une manière plus digne de se méfier des chiffres. On les ignorait, pour cause de trop grande vulgarité. Aujourd’hui, on a beau faire semblant de les mépriser un peu, ils sont en réalité notre seul objet de fascination, et surtout de sélection.
     Dès lors, si votre nouvel opus ne se vend pas tout de suite sous la forme de petits pains,  ne perdez pas de vue le but ultime de la littérature, et adaptez votre prochain produit en conséquence.

 

 

2.   Les joies du succès pas tout à fait plein

 

     Il est de notre devoir de parler de cette voie médiane, ou moyenne, ou carrément médiocre de l’écriture, parce qu’elle existe. Elle existe même d’une façon prépondérante pour ne pas dire endémique. Vous êtes un écrivain, c’est très bien. Vous écrivez vraiment, c’est encore mieux. Mais voilà que, contrairement aux attentes – les vôtres, celles du marché, celles de vos partenaires et amis – le livre que vous avez publié ne s’est pas vendu par dizaines ou centaines de milliers d’exemplaires. Pas du tout. Il s’est écoulé, comme tant d’autres, pour ne pas dire comme une majorité d’autres, entre plusieurs centaines d’exemplaires et quelques milliers, parfois une bonne petite dizaine de milliers. Ces chiffres étant valables, à quelques nuances près, également dans d'autres puissantes contrées du Saint-empire romain germanique.
     C’est triste, mais c’est la vérité.
     Malgré le fait que vous soyez un écrivain, vous savez calculer. Viendra donc le moment où vous vous livrerez à un petit calcul : vous diviserez l’argent que vous aura rapporté votre livre par le nombre d’heures de travail effectives que vous lui aurez consacré. Ce nombre s’évaluera en semaines, en mois, voire en années pour certains, car il arrive que, pour un seul livre, il faille hélas compter en années d’écriture. Le résultat, sauf exception notable, sera tel qu’il vous placera sur l’échelle du capitalisme, et par conséquent de la reconnaissance sociale, à un niveau encore plus misérable que le bougre qu’on exploite du côté de Shenzhen.
     Et ceci, tout écrivain que vous soyez.

     Afin de ne plus être pris pour un tel bougre, ni surtout pour un aficionado de la servitude volontaire, par conséquent pour un cas psychiatrique, plusieurs pistes d’action s’offrent à vous, dans lesquelles vous auriez tort de ne pas vous engager :

          –      Moins vous mettrez de temps à écrire votre prochain livre, mieux ce sera, en termes de rapport coût-bénéfice. L’auteur est un individu libre par définition. Il fait par conséquent ses choix en toute liberté, y compris sur le plan de l’écriture. S’il tient à passer 2'700 heures, ou pourquoi pas 27'654, tant qu’on y est, à un livre qui lui rapportera entre 750 et 25'000 francs avec beaucoup de chance, bien fait pour lui ! Rien n’a jamais empêché personne d’obtenir un succès littéraire en quelques petites semaines d’écriture, et tout tend à démontrer que le passage de la barre des trois jours est aujourd’hui en vue.

          –      Plus vous multiplierez le nombre de vos publications en un temps très court, plus vous augmenterez vos chances de gagner un peu d’argent, et moins on vous contestera votre statut d’écrivain. Car contrairement à tant d’autres choses dans la vie, le talent n’est pas du genre à se diluer, voire à se disperser, au contraire ! Du moment où vous êtes – disons-le – fondamentalement un artiste, pourquoi ne chanteriez-vous pas aussi ? Vous pourriez écrire, composer et vous produire sur scène, ce n’est pas interdit, et aussi mettre en scène et exposer, et photographier, et devenir commissaire de vos propres expositions, et réaliser des films et faire l’acteur, bref, tout est permis, du moment où vous n’oubliez pas de publier régulièrement un nouveau roman.

          –      Ne vous contentez pas d’espérer recevoir de nombreux prix littéraires, faites en sorte de les obtenir. Comment ? Ça, c’est votre affaire !  En sus de l’argent extrêmement bienvenu qu’ils vous apporteront, ils seront, aux yeux de vos pairs, de la critique et de vos lecteurs, comme les médailles qu’on faisait pendre autrefois sur les vestons des généraux et dirigeants soviétiques. Des gages de qualité, et assurément de valeur.

     Tout le reste n’est, bien entendu, que littérature.

 

 

 

3.   Les joies de pratiquer un hobby reconnu comme tel

 

     Surtout, ne vous affolez pas si vous ne parvenez pas à quitter la voie médiane ou carrément médiocre de l’écriture, telle que décrite ci-dessus. Car cette voie est déterminée avec beaucoup de sagesse – en se basant sur des critères parfaitement objectifs ­– par le marché, les professionnels, les médias et les lecteurs, en fonction de vos chiffres de vente, et non pas du tout en fonction de l’intérêt éventuel de ce que vous avez écrit, et encore moins de la forme que vous lui aurez donné.
     Vous vous retrouverez dès lors dans la catégorie à la fois honorable et reconnue de l’écrivain par hobby. Autrement dit, vous écrivez pour votre plaisir, et cela mérite le respect, sachant que vous auriez tout aussi bien pu prendre des cours d’équitation.

     À partir de là, une question vous sera systématiquement posée.
     La voici :
          –      Et à part vos bouquins, vous faites quoi dans la vie ?

     Cette question ne doit pas vous effrayer. Elle est d’autant plus légitime que celui ou celle qui vous la pose consacre aussi pas mal d’heures, de son côté, à faire de la course à pied, du yoga ou de la menuiserie en amateur. Vous répondrez donc sereinement, et sans faire la moindre allusion à l’idée que vous vous faites de la littérature et de ses exigences, qu’à part ça, eh bien vous travaillez à temps plein comme infirmier psychiatrique, ingénieur-conseil, chasseur-cueilleur ou ce que vous voulez. Si vous êtes une femme, ne répondez surtout pas « qu’à part ça » vous vous occupez de vos enfants et de votre famille, car il s’agit précisément aussi d’un hobby. Dites plutôt que vous avez lancé un blog très suivi par les décideurs, un blog sur le piercing, le tatouage et le régime végan.

 

 

4.   Les joies du partage œcuménique

 

     Vous pensiez mener une activité solitaire, presque autistique, face à votre page blanche, et voilà que vous vous découvrez entrepreneur ! Lanceur de start-up, quasiment ! Car votre texte original n’est rien d’autre qu’une idée un peu folle qui aura réussi à prendre forme sur le marché.
     Vous serez certes surpris de découvrir que votre contrat d’édition – quand il existe en bonne et due forme – ne vous octroie, dans le meilleur des cas, que 10% du prix de chaque exemplaire vendu. Inévitablement, vous vous demanderez où passent les 90% restants, d’autant qu’à votre connaissance, personne n’a vraiment travaillé à votre texte, à part vous.
     Quelle ne sera pas votre joie, pourtant, lorsque vous réaliserez que le plaisir pris à bidouiller une histoire dans votre coin, contribue à faire vivre une armada de corps de métier qui tous, à un titre ou à un autre, s’occupent de transformer votre délire en rien de moins qu’un livre commercialisable !

     C’est ainsi que l’obscur écrivaillon que vous étiez, occupé à noircir du papier tandis que, dans la pièce d’à côté, votre famille regardait des séries-TV, deviendra un producteur de chiffre d’affaires ! Comment ? Grâce à ce bouquin dont vous êtes l’auteur et qui se vend, en ce moment même, 25 francs pièce sur le marché.  Le voilà en route pour réaliser un chiffre d’affaires brut de quelque 62'500 francs, en imaginant qu’il s’en écoulera, bon an, mal an, environ 2'500 exemplaires.

     Si d’aventure un véritable contrat d’édition vous lie à un véritable éditeur, alors 6'250 francs à peu près, tirés de ces 62'500, finiront par rejoindre votre cagnotte personnelle ! Si d’aventure toujours, l’éditeur professionnel vous a versé une avance lors de la remise du manuscrit – avance que vous vous êtes empressé d’investir dans un nouvel ordinateur, pour remplacer celui sur lequel vous avez commis votre chef d’œuvre et qui hoquetait sous le coup de son grand âge – alors cette avance sera bien entendu déduite des 6’250 qui vous reviennent.

     Pendant ce temps, les 56'250 francs restants, qui auront été, rappelons-le ici, car en ces temps d’ingratitude, il ne paraît pas illégitime de rafraîchir certaines mémoires,  générés d’abord par votre labeur, c’est-à-dire par votre tête, vos mains, et tout le temps que vous lui aurez consacré – en lieu et place d’aller gagner votre vie, comme on dit si gentiment – eh bien cet argent ira remplir d’autres pockets que la vôtre.
     C’est ainsi.
     Et c’est tout à fait normal, estimerez-vous, comme je l’estime moi-même, à priori. L’éditeur travaille énormément. Surtout lui. Le libraire travaille aussi, l’imprimeur, le camion qui transporte les livres et j’en oublie, bref, personne ne chôme, et tout le monde est indispensable.

Mais tout de même ! Vos nécessaires partenaires doivent-ils nécessairement avaler 90% du chiffre brut que vous avez essentiellement contribué à produire ? Telle est la lamentable question que vous serez tenté de soulever. Avant qu’on ne vous fasse comprendre que tout est normal. Parfaitement normal ! Les coûts, vous comprenez ? Les énormes et incompressibles coûts engagés par vos partenaires, qui doivent payer leurs employés et leurs fournisseurs, et doivent se payer eux-mêmes et cotiser aux retraites et aux assurances, et payer aussi les stocks, le risque, les loyers, tandis que vous-même, en tant qu’auteur, ne connaissez rien à ces lourdes responsabilités entrepreneuriales, la preuve étant que vous avez assez de temps à perdre pour consacrer quelques soirées et week-end à l’écriture.

     Une erreur de jugement est vite arrivée. Se croire essentiel, par exemple, sous prétexte qu’ayant écrit le texte, vous avez non seulement fait le plus important, mais aussi le plus coûteux, en termes de temps et, disons-le, de travail. Rappelez-vous que des start-up ont été coulées d’emblée, à cause de présomptions encore moins ridicules que celles-ci.

 

 

5.   Les joies de la solitude

 

     Une fois que vous serez entré dans la grande chaîne fraternelle du livre, aussi nu et sanguinolent que vous êtes sortis du ventre de votre maman, la réalité vous rattrapera, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il était temps !
     Vous aviez certes déjà entendu dire que ceux qui contrôlent la distribution contrôlent le monde, mais vous n’aviez pas bien compris. Vous n’aviez pas compris non plus pourquoi la vox populi a coutume de brocarder sans nuance ces intermédiaires qui s’en foutent plein les poches. Tout deviendra enfin clair pour vous! Et c’est avec un orgueil légitime que vous participerez à cette chaîne de bienfaisance en laissant bravement aux autres le 90% de ce que votre livre aura produit en termes d’argent sur le marché.
     En littérature, la règle de répartition y est grosso modo la même que partout ailleurs : gagne le plus celui qui sue le moins. Aussi prendrez-vous garde de ne pas vous étouffer d’indignation, sous prétexte que l’édition aurait à priori un vague lien avec l’univers de la culture, voire de la pensée. Là aussi, les plus gros pourcentages se dirigent par enchantement vers ceux qui tiennent le couteau par le manche, et il est évident que vous ne faites pas partie des élus. Pour prendre un exemple assez déplaisant, vous ne vous retrouvez pas dans une meilleure situation que le paysan qui a essentiellement contribué à produire ce litre de lait. Allez lui demander si c’est lui qu’on paie le mieux dans toute cette affaire de vaches à traire !

     À ce stade de l’aventure, une évidence vous frappera : vous êtes seul.
     Et le plus renversant, c’est que vous êtes bien le seul à être absolument seul dans cette histoire et sur cette fameuse chaîne du livre.
     Tous les autres sont nombreux.
     L’éditeur, par exemple, n’est pas seul : il a dans son « écurie », si l’on peut dire, quantité d’auteurs, des morts et des vivants et des nouveaux qui arrivent sans cesse, et qui écrivent et écrivent encore.
     Le libraire est encore moins seul : il dispose de centaines de milliers d’auteurs et, à coup sûr, de quantité d’auteurs de best-sellers, ce qui n’arrive pas forcément à votre éditeur.
     Ne parlons pas de l’imprimeur, qui imprime tout ce qui bouge et du diffuseur qui en fait autant.

     Au bout du compte, vous réaliserez que chacun de vos partenaires se trouve en droit de prélever des pourcentages sur le travail de quantité d’auteurs différents, tandis que votre pomme, seule dans son coin, ne touche bien entendu des sous que sur sa propre production.

     Le monde est un brouillon. Afin qu’il s’éclaircisse un peu, il faudrait que le paysan et l’écrivain s’organisent, non pas pour gémir de concert, mais bien pour toucher eux aussi des pourcentages sur le travail de tout le monde, comme le font, sans hésitation ni honte, les autres corps de métier.
     Il faudrait…
     Et peut-être faudrait-il aussi que l’écrivain et le paysan, et tant d’autres, se débrouillent pour conserver au minimum 60% de la valeur marchande qu’ils ont essentiellement contribué à produire. Une telle mesure de répartition n’aurait rien de choquant. Elle paraîtrait même juste, si c’était bel et bien la valeur travail, par conséquent la valeur d’investissement, qui était considérée en premier lieu pour déterminer la largeur des parts du gâteau…

     En attendant l’avènement de ce monde chaleureux, vous pourriez déjà vous mettre à rosir de fierté ! En tant qu’écrivain-entrepreneur seul dans son coin, vous ne faites rien de moins que de donner du boulot à plein de monde, ainsi que l’essentiel de vos gains potentiels. Oui, tout modeste scribe que vous soyez, vous devriez vous rengorger d’être ce petit ruisseau qui, aux côtés de tant d’autres minuscules cours d’eau, alimente en réalité une rivière qui n'en finit pas de grossir.

 

 

6. Les joies du sponsoring

 

     À ce stade de votre parcours dans l’écriture, il va falloir choisir entre être un écrivain qu’on sponsorise ou un écrivain qui sponsorise.
     Telle est en effet la dure réalité que doit affronter l’auteur, sachant que la décision ne lui appartient pas. Le marché s’en chargera volontiers à sa place.

     Sont donc sponsorisés et aussi rémunérés et choyés les écrivains qui savent alimenter, par des niveaux de vente dignes d’être signalés, la chaîne du livre reconnaissante. De tels auteurs n’auront même plus le droit de se payer une bière eux-mêmes. On ira jusqu’à leur verser de l’argent pour faire de simples apparitions publiques, sachant qu’ils ne seront même pas obligés de dire des choses intelligentes à propos de leur travail. Le fait est que leurs lecteurs assidus adorent les voir en chair et en os. Dans notre civilisation de l’image, et en dépit de leur force intrinsèque, les textes à succès ne se suffisent hélas plus à eux-mêmes.  De nos jours, les lecteurs-voyeurs forment donc très volontiers des queues. Pendant ce temps, il faut bien faire patienter un peu les auteurs des textes adulés. On a donc pris l’habitude de leur demander d’attendre dans des hôtels cinq étoiles, avant de les faire chercher par des limousines avec chauffeur. Du coup, de tels écrivains, sans qu’ils n’y puissent rien, finissent par ne plus savoir combien coûte un ticket de bus, une chambre d’hôtel miteuse, un kebab au coin de la rue, et c’est dommage, parce que ce sont des informations importantes quand on écrit.
     Heureusement, tous les autres auteurs qui, eux, sont priés de sponsoriser les  manifestations culturelles, à défaut d’être sponsorisés par elles, connaissent ces prix par cœur, et même les tarifs des tickets dégriffés. Car c’est en effet sur ces troupes de nouveaux prolétaires que l’on compte pour venir animer bénévolement les mille et une scènes exponentielles des festivals, salons, et autres rendez-vous littéraires. Ces animateurs enthousiastes – que personne ne prendra jamais le risque de trier sur le volet, et pour cause… – liront, répondront à des questions, débattront de sujets passionnants, et se feront une pub d’enfer pour leurs propres livres très peu connus, voire pas connus du tout, tandis que le gros du public patientera comme il se doit, avant l’arrivée des stars promises sur le programme. En tout cas de celles qui n’auront pas annulé leur venue à la dernière minute, appelées qu’elles sont si souvent par d’autres devoirs, ailleurs sur le globe. Pendant ce temps, il arrive que les auteurs-sponsors parviennent à mettre la main sur un ou deux tickets-restaurant, ce qui prouve que le monde demeure bien fait, en dépit des apparences.

     Ainsi le sponsoring impose-t-il des règles que la raison ne saurait ignorer trop longtemps: pour être sponsorisé, payé et considéré, il faut simplement en être digne.  Sur un marché aussi libre que libéré, la définition de la "dignité" est assez brute, et il est par nature impossible que chacun possède cette qualité.

     Une conséquence rassurante de cette juste répartition entre quelques stars rémunérées des pieds à la tête et des milliers d’auteurs qui ne le sont pas lors d’une même manifestation, c’est que si l’avion qui transporte les as du livre se crashe (et bien sûr, personne ne le souhaite, c’est juste un malheureux exemple nécessaire), alors la manifestation pourra quand même se tenir, puisque des milliers de bougres non sponsorisés, se déplaçant à pied, à vélo ou en bus, et avalant facilement des sandwichs, feront des lectures, répondront à des questions et diront bonjour très gentiment aux lecteurs, qui risqueront certes d’être un peu déçus.

     Notons, par souci d’objectivité, que dans de nombreux pays du monde, on a pour habitude de payer un écrivain, dès lors qu’on l’a invité à faire une présentation, une lecture, à participer à un débat. On paie aussi ses frais de déplacement, de logement et de nourriture, le plus incroyable étant que les montants octroyés sont rigoureusement les mêmes, que l’auteur en question vende des mille et des cents ou seulement des cents. À croire que dans de tels coins de la planète, on ose continuer à penser sans complexe que des chiffres de vente n’augurent en rien de la qualité d’un livre…

     En Suisse aussi, une telle attitude est possible, dès lors qu’il s’agit de manifestations financées essentiellement par les pouvoirs publics. Ces derniers ont tendance à estimer, allez savoir pourquoi, que de telles interventions font non seulement partie intégrante du travail de l’écrivain – oui, vous lisez bien, du travail – mais que de surcroît, l’écrivain n’est pas un vendeur de yaourt, ni son livre un yaourt. Il serait plutôt autre chose, qui pourrait relever du domaine de la langue, de la culture, voire de la pensée, par exemple.
     Il arrive que, pour cette même raison, des clubs littéraires privés, des associations de lecture ou autres tiennent, eux aussi, à rémunérer – très peu, un peu, normalement – les interventions d’auteurs. Tout ceci arrive, mais est loin d’être systématique dans notre pays. En particulier dans notre coin de pays qui parle le français. Sur la belle terre romande en effet, on persiste à ne pas voir pourquoi un auteur devrait être payé pour ses interventions publiques, du moment où il est juste là pour faire de la pub à son bouquin qui, en plus, n’est sûrement pas très bon.
     Ce réflexe est d’autant plus étonnant que le français est l’une des langues incontestables de la littérature mondiale. Dès lors, le problème ne tient sans doute pas à la langue, mais plutôt à une sorte d’inexplicable mentalité qui nous pousse à poser sans état d’âme la question « et à part vos bouquins, vous faites quoi dans la vie ? »
     Contrairement à certaines peuplades proches, voire très proches et même alémaniques, nous manifestons une peine immense à concevoir qu’en dehors des quelques heures où un écrivain pond ses pages, forcément sous le coup d’une formidable inspiration subite, il puisse faire autre chose, puisse même avoir autre chose à faire – afin d’être en mesure de poursuivre son travail d’écriture­ –  que d’aller se gagner un salaire dans un turbin quelconque et quotidien.

     De là à conclure que, dans les écoles de notre bout de pays, dans ses familles et foyers, au sein de ses instances dirigeantes, politiques, économiques, médiatiques et sociales, on a assez peu entendu parler de littérature, de travail de création, d’art, et aussi de ce qu’est un intellectuel, de ce qu’il fait, apporte et n’apporte pas, il est un pas que nous pourrions franchir, certes avec désolation, mais sans trop hésiter.

[La suite en point 7, après la photo]

 

                                                                                                                                        © giulia ferla

                                                                                                                                        © giulia ferla

 

7.   La joie de bien répondre, et poliment, à toutes sortes de questions

 

     Il est temps d’aborder la partie des exercices pratiques, communément appelée FAQ, pour frequently asked questions.
     Comme nous nous trouvons présentement dans un texte littéraire, notre partie des FAQ sera un peu plus étoffée que celle qui a cours chez les marchands de billets d’avion, de produits de beauté et autres commodités.
     Nota bene : la question et à part vos bouquins, vous faites quoi dans la vie ?  a déjà été traitée sous point 3.

 

     a)     Alors comment, il se vend bien votre bouquin ?

     Votre réponse : Oui, extrêmement bien, on a failli être en rupture de stock mais heureusement, l’imprimeur a retiré une sacrée quantité  ce week-end. En plus, une troupe de Nô japonais a décidé de mettre mon histoire en scène ce printemps à Tokyo, et mon éditeur vient de recevoir une demande d’Ursus Sapinus pour faire un film. [Si, à ce moment précis, vous vous apercevez que votre interlocuteur ne sait pas qui est Sapinus, et seulement à ce moment-là, vous ajoutez : vous savez bien, c’est le nouveau Spielberg !]

     Surtout ne répondez pas : pourquoi vous me posez une question pareille ? Avez-vous remarqué qu’il s’agissait d’un livre et non pas d’une saucisse ? Si vous cherchez le stand des hot-dog, c’est en droite en sortant, bonne journée Monsieur.

 

     b)    Et qu’est-ce qu’il raconte, votre livre ?

     Votre réponse : c’est l’histoire d’une jeune femme elle a vingt-quatre ans elle est très belle et c’est samedi soir très tard et elle attend que son amoureux revienne de son travail parce qu’il bosse comme synchroniseur au Bataclan et tout à coup elle reçoit une alerte sur son Iphone comme quoi il y a eu une attaque très grave là-bas et alors elle va prendre en chasse les terroristes parce que ce qu’on sait pas mais qu’on apprend dans l’histoire c’est qu’en fait elle a été formée par les services secrets du Mossad et on va la suivre dans sa traque haletante qui va la mener jusque vers Daech et les salauds qui ont tué son amour avec qui elle était mariée depuis deux semaines seulement et aussi enceinte et elle les retrouvera un à un et vous verrez bien comment elle fera justice vous allez pas vous ennuyer c’est sûr.

     Surtout ne répondez pas : il ne se passe pas grand chose dans mon livre, en tout cas pas plus de choses qu’il n’arrive dans votre propre vie, chère Madame, ce qui ne veut pas dire que mon histoire ne vous fera pas palpiter, ainsi qu’il vous arrive, j’en suis certaine, de palpiter et aussi de vous énerver, de vous angoisser, de vous réjouir, d’aimer, de penser, d’espérer et de danser.

 

     c)     Elle est facile à lire votre histoire ? Parce que moi, franchement, j’aime pas trop quand…

     Votre réponse : très facile à lire, Monsieur ! J’ai créé un groupe de lecteurs-tests, des petites filles et des petits garçons tout juste sortis de la maternelle et ils ont adoré ! Je suis d’ailleurs déjà en train d’écrire la suite. En plus, dans mon histoire, il y a beaucoup de dialogues avec le loup. Enfin, c’est pas un vrai loup, bien sûr, c’est un chef de service, dans une entreprise. Il s’appelle Schraubenzieher, il est méchant et pue de la gueule, et tout le monde le déteste tellement qu’ils l’ont surnommé le loup, c’est drôle, non ?

     Surtout ne répondez pas : ça dépend, Monsieur, quelle est la dernière formation universitaire que vous ayez achevée ? Parce que vous savez, mon public-cible, c’est plutôt les lecteurs qui ont un doctorat, au bas mot.

 

      d)    Ça finit bien, votre truc ?

     Votre réponse : super bien ! La fille qui avait été paralysée tout le long du tronc et des jambes, elle remarche comme si on lui avait jamais tiré dessus. Mais c’est la galère quand même pendant un long bout de l’histoire, ça va vous rendre toute chose, vous verrez !

     Ne répondez surtout pas : mais qu’est-ce que vous voulez que ça me foute, si ça finit bien ou mal, Madame ? Vous savez comment ça va finir pour vous, hein, est-ce que vous le savez, tout en turquoise et en blond-soleil que vous êtes aujourd’hui ?

 

     e)     Vous avez déjà lu des livres de truc machin et de truc-machine, parce que moi, j’adore ce qu’ils écrivent, ces écrivains-là, alors je me dis que si votre bouquin, c’est pas un peu comme ça, ça risque de pas trop me plaire…

     Votre réponse : ah ! qu’est-ce que je suis contente que vous parliez d’eux, trop contente, parce que moi aussi, j’adore ce qu’ils écrivent, mais j’adore vraiment, et c’est sûr que si vous lisez mon livre, vous allez vite remarquer que, moi aussi, je joue énormément sur le suspense et que même, des fois, on n’en peut presque plus, tellement c’est insoutenable.

     Surtout ne répondez pas : quelle horreur ! Et vous êtes venu ici, devant moi, pour me parler de ces abrutis ? Mais pour qui vous prenez-vous ? Intelligent comme vous l'êtes, Monsieur, vous n’avez pas encore remarqué que ces gens écrivent avec leurs pieds et que la psychologie de leurs personnages est à peu près aussi épaisse qu’un papier Carambar ? Passez votre chemin, vous m’indisposez, et surtout, surtout, ne revenez jamais !

 

     f)     Alors c’est bien, ça, d’être une écrivaine, non ? c’est sympa, on vous reconnaît, on vous invite, on vous offre sûrement des cadeaux, c’est pas comme aller tous les jours au boulot !

     Votre réponse : c’est sûr que je vais pas me plaindre, chère Madame, j’ai une vie vraiment chouette, d’autant que j’ai pas mal de facilité, à écrire, je veux dire, mais bon, faut pas vous imaginer que c’est simple à gérer, le succès, on doit toujours donner le meilleur de soi-même, alors voilà, j’essaie de faire au mieux, je vous signe combien d’exemplaires ?

     Surtout ne répondez pas :  d’où est-ce que vous sortez, vous ? Et si vous me traitez encore une fois d’ « écrivaine », vous allez voir comment je vais vous appeler !

 

     g)     Il a reçu des prix, votre livre ?

     Votre réponse : Énormément ! Mais ceux qui m’ont surtout fait plaisir, je vous le dis, puisque vous êtes là, c’est le Prix Swisscom, parce que j’ai reçu un droit à vie pour un nouvel Iphone chaque année, et aussi un abonnement super cher XXL, et aussi le Prix Salt, parce que comme je suis écrivain, c’est important que je n’aie pas le même téléphone, ni le même abonnement, quand je parle en mon nom ou en tant qu’auteur, vous comprenez ? Et puis oui, et là je dois vous dire que j’étais folle de joie, j’ai reçu le Prix Apple, qui est vraiment un prix littéraire important, et du coup, plus le moindre souci financier pour mes ordinateurs, mes logiciels, mes backup et mes achats sur l’App store. Et enfin, comme on est entre nous, et je reconnais que c’est mon côté assez populaire, je vous avoue que le Prix Migros m’a totalement comblée ! Je sais pas si vous vous rendez compte, mais ils se foutent vraiment pas de la littérature, chez Migros, parce que leur prix couvre toutes mes dépenses, à vie aussi, et pas seulement dans leurs supermarchés, mais aussi chez Melectronics, SportXX, Micasa, Do IT + Garden, Banque Migros, Migros & Gesundheit, Ecole-Club Migros, Globus, Denner, Hotelplan, Interio et Molino-pizzeria ! Dingue, non ?

     Ne répondez surtout pas : mon livre n’a pas encore reçu de prix, mais cela ne saurait tarder, chère Madame, surtout si vous m’en achetez un exemplaire.

 

     h)    Je comprends pas tous ces écrivains romands qui réclament à être payés comme des salariés, si c’est pas honteux, vous êtes pas comme ça, vous, ou bien ?

     Votre réponse : bien sûr que non, cher Monsieur ! Je trouve même ce genre de revendication scandaleuse, on dirait des syndicalistes français des années 70 ! Et quand on pense que ces soi-disant écrivains sont même pas capables d’être contents, que dis-je ravis, que dis-je, reconnaissants, d’avoir eu un livre publié, ça coûte affreusement cher, ces choses, à publier, pas vrai ? Et c’est qui qui paie ? C’est le peuple, avec tous ces impôts qui filent direct à la culture ! Et tout ça pour les beaux yeux de ces Messieurs-Dames qui nous racontent des histoires à dormir debout, et qui trouvent encore à se plaindre, alors qu’il y a tellement de gosses qui crèvent de faim dans le monde, euh, non, je veux dire, y’a tellement de gens qui ont écrit des chouettes histoires de leur vie et qui trouvent même pas un éditeur, allez, Monsieur, donnez moi votre pince, que je vous l’écrase confraternellement !

     Ne répondez surtout pas : ah oui ? Vous comprenez pas ? Non ? Vous comprenez vraiment pas pourquoi il faudrait payer les écrivains pour leur propre travail, c’est ça ? Et vous, Monsieur, vous bossez où ? [Si votre interlocuteur hésite à répondre, insistez jusqu’à ce qu’il vous le dise.] Ah bon, alors comme ça, vous êtes employé chez Payot! C’est très bien ! Et comment vous vous appelez ? [Insistez aussi] Louis S. Très bien, Monsieur Louis S. qui bossez chez Payot, ça tombe bien, parce que le président-directeur général de votre groupe, c’est presque un pote à moi, si bien que demain, je l’appelle, je vous le promets, et je lui dis texto « bonjour Pascal, ça roule ? Dites donc, y’a un dénommé Louis S. qui bosse pour vous depuis pas mal d’années, et vous savez quoi ? Ce type est beaucoup trop payé ! Il le dit lui-même, il me l’a dit à moi. Vous pouvez donc sans autre tailler dans son salaire ! Comment ? Quoi ? Lui enlever 5% de son salaire ? Mais non, vous n’y êtes pas du tout, mon cher, son salaire, vous l’amputez de 90%, à l’aise, et vous lui donnez 10% de ce qu’il gagne actuellement.  Bien sûr que si, ça lui suffira largement-largement!  À bon entendeur et au revoir Pascal. »

 

     i)      Alors comme ça, vous écrivez ? Moi aussi j’écris ! Bon, peut-être pas comme vous, chez cet éditeur-là, plutôt chez d’autres imprimeurs et d’ailleurs j’ai suivi pas mal d’ateliers d’écriture, et après le dernier de cet été, je sais pas ce qui s’est passé, mais ouh là, là, ça a coulé, coulé, comme si c’était pas moi qui tenais la plume, vous comprenez ? J’ai pas encore tout à fait fini, mais j’ai quand même 757 pages et je me demandais si vous vouliez pas lire pour me dire si vous pensez qu’à la fin ce serait pas mieux que Martine ait des jumeaux, enfin oui, vous pouvez pas savoir, mais Martine, c’est une de mes héroïnes principales, faut dire que j’ai beaucoup de personnages, et donc plutôt des jumeaux, à la place d’un seul bébé, parce que là, j’hésite, je suis complètement perdue.

     Votre réponse : c’est tout vu, Madame, je vous ai écoutée attentivement et il me paraît très clair que Martine doit avoir des jumeaux. Tout l’annonce, dans votre pétillant regard. Et si j’avais un modeste conseil à vous donner, ce serait de suivre votre instinct sans hésiter, car ce livre, vous allez le finir, et ce sera un grand succès, vous verrez !

     Ne répondez surtout pas : c’est tout vu, Madame, je vous ai écoutée attentivement et il me paraît très clair que Martine doit avoir un seul bébé. Tout l’annonce, dans votre pétillant regard. Et si j’avais un modeste conseil à vous donner, ce serait de suivre votre instinct sans hésiter, car ce livre, vous allez le finir, et ce sera un grand succès, vous verrez !

© catherine lovey, août 2016

 

                                                                                                                                        © giulia ferla

                                                                                                                                        © giulia ferla