Texte lu à l’occasion de la remise d’un des Prix suisses de littérature à histoire de l’homme qui ne voulait pas mourir, Zoé 2024, lors d’une cérémonie qui s’est tenue à Soleure, en présence notamment de Mme la Conseillère fédérale Élisabeth Baume-Schneider, le 30 mai 2025.
Mesdames et Messieurs, bonsoir.
J’ai deux mots à vous dire.
En réalité plutôt quatre.
Le premier :
Merci: pour ce prix suisse de littérature. Merci au jury, à celles et ceux qui œuvrent pour la littérature, envers et contre tout, dans ce monde de plus en plus abruti.
Merci à celles et ceux qui, dans cette salle et au dehors, publient des livres de littérature, les lisent, les font vivre, les traduisent, en parlent.
Je vous en suis reconnaissante.
Deuxième et troisième mots : Culture et argent
Se fondre dans la masse, quel soulagement!
Favoriser les foules qui se distraient, consomment, bonne idée!
Investir l’argent de la culture dans des choses qui se voient, se pèsent, se soupèsent.
Bien sûr, bien sûr.
Masses et Puissance. Masse und Macht. Massa e Potere.
Il y a beaucoup d’écrivains que je salue ce soir; de braves femmes et hommes qui étaient braves avec les mots, et aussi avec ce qui était en train de se passer autour d’eux, à leur époque tragique.
Ce qui m’amène à mon quatrième et dernier mot : Littérature.
Mais c’est quoi la littérature, hein?
On s’en fiche, non?
On s’en fiche, oui.
Pourtant, une chose demeure importante: ce sont les choix que nous faisons, chacune, chacun, là où nous sommes.
Sur quoi portons-nous notre attention?
Notre attention, précisément.
La littérature, ce n’est rien, mesdames et messieurs.
Par exemple, dans une page de littérature, il y a le mot pain. Sans adjectif. On ne sait même pas s’il sent bon ou mauvais. Et voilà qu’un mystère, à l’œuvre dans ce genre de pages, fait que ce pain va prendre pour moi, lectrice, une importance considérable, et m’amener vers des souvenirs dont je ne savais même pas qu’ils se trouvaient à l’intérieur de moi. Le plus étrange, c’est encore que si mon voisin lit le même livre, il ne s’arrêtera peut-être pas sur ce pain, mais sur le mot locomotive, quelques pages plus loin.
Bizarre, non?
Je vous le dis donc ce soir, la littérature, ce n’est rien.
Elle n’a aucune utilité, si ce n’est d’établir – voyez à quel point c’est ridicule – un rapport personnel, tout à fait individuel, qui ne regarde personne d’autre, avec chaque lectrice, chaque lecteur.
Merci pour votre attention, et salutations chaleureuses à Fleur Jaegi que je lis depuis longtemps en italien, et à mes colauréates et colauréats.
© catherine lovey, 2025
Vue nocturne sur la cathédrale Saint-Ours de Soleure, superbe ville parcourue par l’Aar et qui accueille chaque année les Journées littéraires de Soleure dont c’était la 47ème édition en 2025. Photo: © c.lovey