Alice au pays des enfants déchirés

L’Alphabet du matin de Alice Rivaz

Editions de l’Aire, Collection Les Pionnières, 2025

Alice Rivaz (1901-1998) a attendu de prendre une pré-retraite et d’être ainsi débarrassée de son travail salarié et harassant au BIT (Bureau international du travail à Genève) pour commencer à écrire ce texte où elle fait revivre une enfance, la sienne, qui s’est déroulée au début du XXe siècle, dans le canton de Vaud, en Suisse.
Il ne s’agit pas de souvenirs en tant que tels, mais d’une entreprise littéraire où l’état d’enfance est éclairé d’une manière saisissante.

L’Association Alice Rivaz, qui prend soin de l’œuvre de cette voix littéraire très importante en la faisant vivre, notamment par des rééditions, m’a proposé, en particulier sa présidente, Marianne Dyens, d’écrire une préface. Afin notamment d’introduire d’une manière contemporaine ce texte qui s’inscrit à la fois dans une époque précise, la Suisse jusqu’aux prémices de la Première guerre mondiale, et intemporelle du point de vue de l’état d’enfance.

Cette très belle édition, établie et annotée par Océane Guillemin, est par ailleurs complétée par une étude historique signée par Hadrien Buclin et intitulée “Paul Golay et le mouvement socialiste dans le canton de Vaud, 1900-1914”.

Alice Rivaz, qui ne s’est jamais mariée, s’appelait en effet Golay, du nom de son père, Paul, simple instituteur né à la Vallée de Joux et devenu un ténor du parti socialiste vaudois. Afin de ne pas embarrasser ce père, sa fille presque quarantenaire à la publication de son premier livre Nuages dans la main, avait pris un pseudonyme, celui de Rivaz.